L'ALEATOIRE SELON DUCHAMP

 

Marcel Duchamp fut l'un des membres les plus influents du Dadaïsme. Ce mouvement emergea après 1918 en Europe au sein d'un groupe d'artistes dégoutés par les horreurs de la guerre et par la société qu'ils considèrent comme responsable. Ils se révoltent contre la logique et la raison.

Ainsi Duchamp commence sa carrière en 1902 et l'abandonne en 1923 pour jouer aux echecs. Il se fera un point d'honneur à rejeter toutes distinctions entre art et ce qu'on considère comme n'étant pas de l'art.

Sa dernière grande oeuvre est faite en verre :

La Mariée mise à nu par ses Célibataires, même

Attention, je repète que Duchamp rejète toute logique dans ses oeuvres. Ce qui va suivre sont ses propres termes, et encore ce n'est qu'un aperçu de ses notes de travail.

La mariée est la forme grise en haut. Elle est composée du pendu femelle, siège de son imagination nuptiale dominatrice, du cylindre sexe, centre nerveux de son désir, et du nuage de l'épanouissement cinétique. Si vous ne voyez pas, approchez.

Les 9 formes d'un brun rougeâtre sont les célibataires. Les dessins circulaires à droite sont les témoins occulaires. Regardez.

Le reste de la machine au fonctionnement fantaisiste, sert à condenser le désir des célibataires de mettre à nu la mariée en des éclaboussures projetées par les témoins occulaires et visibles en dessous du nuage.

Je vous avez prévenus, la logique est hors de mise ici.

Pour construire sa composition, Duchamp a eu recours à l'aléatoire.

Tout d'abord, il a dessiné ses célibataires en perspective duchampienne : il a pris 3 fils d'1 mètre de long qu'il laisse tomber sur un papier et dont il dessine les sinuosités ainsi produites. Il copie 2 fois ces tracés et obtient alors 9 lignes qu'il prend pour lignes de fuites pour placer ses célibataires, faisant ainsi fi de la perspective rigoureuse.

Ensuite pour obtenir la disposition des 9 tâches qui forment les éclaboussures, Duchamp a lancé 9 allumettes avec une pointe de couleur avec un canon miniature.

Enfin pour obtenir les 3 fenêtres qui représentent les pistons du courant d'air (sensés donner des ordres au pendu femelle), Duchamp a étendu un drap devant une fenêtre ouverte. Il l'a pris en photo 3 fois et a reproduit les formes obtenues du drap agité par le vent.

 

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