LA MYTHOLOGIE
ROMAINE
Sous le règne d'Auguste, Rome s'est dotée d'une histoire officielle. Sous la forme d'évènements parfaitement datés, elle rassemble néanmoins un fond mythologique commun à tous les peuples indo-européens. Continuer à vous parler de mythologie comparée reviendrait à paraphraser Georges Dumézil, auteur de brillants ouvrages sur le sujet. Je cite donc :
" Rome a eu sa mythologie, et cette mythologie nous est conservée. Seulement elle n'a jamais été fantasmagorique ni cosmique : elle a été nationale et historique. Tandis que la Grèce et l'Inde développaient en images grandioses ce qu'elles croyaient avoir été la genèse et les temps du monde, les chaos et les créations, l'oeuvre et les aventures des dieux organisateurs du "tout", Rome a prétendu simplement retracer, avec la simplicité de procès verbaux, ses propres débuts et ses propres périodes, sa fondation et ses progrès, l'oeuvre et les aventures des rois qui, croyait-elle, l'avaient successivement formée. "
Le procédé est moralisateur, ils ont pour but de donner l'exemple que doivent suivre les citoyens. Ainsi dans la République de Platon, Socrate jette les bases d'une cité idéale. Elle serait composée de trois classes, ceux qui commandent la Cité, les auxiliaires chargés de protéger la Cité et de faire la guerre pour conquérir de nouveaux territoires et enfin la classe des laboureurs, des artisans et des commerçants.
Pour lier, les différentes classes du peuple de la Cité, Socrate est obligé de recourir au mensonge, en leur racontant un mythe de fondation :
Socrate : "... j'essaierai de persuader d'abord aux chefs et aux soldats, ensuite aux autres citoyens, que tout ce que nous leur avons appris en les élevant et les instruisant, tout ce dont ils croyaient avoir le sentiment et l'expérience, n'était, pour ainsi dire, que songe; qu'en réalité ils étaient alors formés et élevés au sein de la terre, eux, leurs armes et tout ce qui leur appartient ; qu'après les avoir entièrement formés la terre, leur mère, les a mis au jour ; que dès lors, ils doivent regarder la contrée qu'ils habitent comme leur mère et leur nourrice, la défendre contre qui l'attaquerait, et traîter les autres citoyens en frères, en fils de la terre comme eux. "
Platon s'inspirait justement de la légende d'Erechthée, né de la terre, qui aurait fondé Athène.
L'histoire romaine comprend plusieurs périodes qui sont illustrées par des mythes fondateurs :
Les origines de la fondation de Rome,
la période de la Royauté
puis celle de la République
La dernière période, l'Empire romain, rejoint l'Histoire avec un grand H et est traîtée dans une page à part.
Quant à la glorieuse descendance d'Enée, leur destin est conté dans le film Romulus et Remus. On voit ainsi comment les frères jumeaux furent sauver de l'eau puis élever par une louve, puis les luttes qu'ils doivent mener avec une poignée de partisans contre une population hostile à leur implantation, jusqu'à leur affrontement fratricide d'où Romulus sort victorieux. Le film s'achève sur la dernière image de Romulus en train de tracer à la charrue les limites de la future Rome.
Il s'agit de la première période traditionnelle de l'histoire romaine. Telle qu'elle est retranscrite dans les écrits, elle appartient également au domaine de la légende.
La royauté est découpé en deux temps, avant et pendant la domination étrusque.
On y retrouve des fonds communs de la mythologie indo-européenne qui se rattachent à l'ensemble des mythes de fondation...
A tout seigneur tout honneur, on commence par Romulus, premier roi de Rome. Sa première mesure fut de donner à chacun de ses hommes une femme. Il décide donc de faire un raid chez ses voisins Sabins et de kidnapper de charmantes demoiselles. C'est le fameux épisode de l'enlèvement des Sabines...
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L'Elèvement des Sabines |
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| Le film bénéficie de la présence ensorcelante de Mylène Demongeot. | |
Le deuxième roi pré-étrusque s'appelle Numa.
Puis Tullus prie le relais sur le trône de Rome. Il est le représentant de la fonction guerrière tel que Georges Dumézil le définit. C'est sous son règne que Rome est en conflit avec Albe. Pour enfin y mettre un terme, un combat est organisé entre les 3 jumeaux Horaces défendant le droit de Rome et les 3 jumeaux Curiaces du côté d'Albe.
Le combat semble tourné en faveur de Albe lorsque les Curiaces tuent 2 Horaces. Mais Horatius le dernier Horace renverse la situation en abattant à lui seul les 3 Curiaces.
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Les Horaces et les Curiaces |
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Avant la domination étrusque un dernier roi gouverne Rome. Ancus représente la troisième fonction (nourriture, richesse et reproduction).
En 509, le dernier roi étrusque, Tarquin le superbe, se fait renverser de son trône par le peuple romain, excédé par sa tyranie. Il demande de l'aide au roi Porsenna pour reconquérir le pouvoir. Rome est assiégée.
Des épisodes moralisateurs s'intercalent ici. Tous d'eux sont basés sur le thème de la mutilation signifiante, où le personnage perd un membre, mais gagne un pouvoir supérieur qui surpasse le membre sacrifié.
Il y a d'abord celui d'Horatius Cocles, le borgne, qui va défendre seul le pont sublicius sur le Tibre, tandis que l'armée romaine détruit ce pont. Il est dit qu'il tient tête à l'armée etrusque parce qu'il jetait des regards terribles de son oeil unique d'où jaillissait des éclairs. Il faut voir ici une réminécence d'un fond mythique indo européen qui inspira également la légende nordique d'Odin, qui sacrifia son oeil pour avoir la omniscience.
C'est l'histoire enfin, de Mucius Scaevola, parti assassiner le roi Porsenna, dans son sommeil, en plein camps ennemi. Surpris avant d'avoir pu accomplir sa mission, il prétend qu'il y a encore 100 jeunes romains comme lui, près à assassiner Porsenna. Impressionné celui ci lui fait jurer sur sa main droite, qu'il lui somme de mettre au feu. Sacevola obtempère sans broncher. Effrayé Porsenna partira sans demander son reste. Rome et la République sont sauvées !
De la même manière que précemment, c'est la même histoire pour un dieu nordique Tyr. Sachant qu'un louveteau monstrueux jouera un rôle maléfique au moment du ragnarok, les dieux décident de l'enchaîner. Pour l'amadouer, ils font passer ça pour un jeu. Tout jeunot, la bête se laisse faire à condition que l'un d'eux mette une main dans sa gueule, comme une garantie. Tyr se dévoue en connaissance de cause. Les dieux attachent le loup, qui se rend compte de la supercherie et referme sa gueule sur la main de Tyr pour le prix de la trahison...
Un film au moins s'inspire de cette dernière légende.
LE COLOSSEDE ROME |
Giorgio Ferroni signe un péplum de bonne facture, qui se réfère à un mythe fondateur de Rome, alors assiégé par les Etrusques au début de la République, celui de Mucius Scaevola, mettant main droite au feu pour prouver sa détermination aux ennemlis de Rome. |
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Ce personnage s'intègre également dans les mythes cinématographiques, celui du sabreur manchot des wu xia pan de Hong Kong, puisqu'il transforme son handicap en arme. Il va palier à la perte de sa main, en la troquant avantageusement contre un poingt d'acier qui s'emboîte sur son moignon. On nous gratifie ainsi de séances d'entraînement, où Munzio parfère une nouvelle technique de combat. Reste que Ferroni sabote certaines scènes à haut potentiel d'adrénaline, comme celle de la fuite des captives romaines. Pour échapper à ces fourbes d'Etrusques, elles sont obligées de traverser une rivière accrocher à un rondin, sous une pluie de flèches. Excitantes sur le papier, la séquence se résume à des vues en plongée sur de jeunes femmes barbotant dans l'eau. Il y a un abus de stock shots dans le final, qui voulait trop se raccrocher à la grande Histoire alors qu'il aurait peut-être été plus judicieux de ressérer l'intrigue sur la petite histoire. |
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Auguste mit un terme à la République en instituant l'Empire. Mais ça c'est une autre histoire...