URSUS

 

Pomponia Graecina : "(...) Et par quel moyen parviendras-tu à veiller sur elle ?"

Ursus : "Je ne le sais pas ; je sais seulement que le fer se brise entre mes mains comme du bois... "

Henryk Sienkiewicz, in Quo Vadis.

 

 

Hercule appartient à la mythologie grecque et latine. Samson, pour sa part, est un personnage biblique.

Maciste et Ursus sont deux héros de l'antiquité, inventés dans des oeuvres modernes. Maciste apparaît pour la première fois dans le film muet Cabiria de Pastrone. Quant à Ursus, il est né sous la plume de Henryk Sienkiewicz dans Quo Vadis ?, porté 5 fois au cinéma.

Cela fait déjà un point commun entre ces 2 personnages. D'autre part, dans leur première apparition cinématographique, ils ne constituent pas les personnages principaux et sont présentés comme des esclaves, au service d'un général romain pour Maciste et voué à la protection d'une jolie princesse pour Ursus.

Enfin dernière ressemblance, mais non des moindres, Maciste et Ursus vont vivre des aventures dans des époques et des contrées différentes à chaque fois.

 


 

Quo Vadis ? ou l'Ursus Séminal

 

Ursus en découd avec un aurochs dans l'arène pour sauver la princesse Lygie (ci dessus)

Le livre

Quo Vadis... Roman des Temps Néroniens de Henryk Sienkiewicz, est paru en 1900 et a connu immédiatement un succès mondialement populaire. L'auteur reçut même le prix Nobel pour son forfait.

Même si le côté sulspicien peut agacer par moment, l'intrigue nous transporte carrément dans l'antiquité. Sienkiewicz, dont l'érudition est effrayante, nous convie à suivre ses héros dans les rues de Rome, à tel point que si nous y étions effectivement téléporté on pourrait retrouver son chemin avec le livre en main. Un vrai guide du routard en somme !

 

 

Les héros sont suffisement ambigus pour capter notre intention. Vinitius est un être sanguinaire et sans pitié, mais son amour pour la belle chrétienne Lygie révèle en lui une douceur inatendue. Son ami Pétrone, personnage historique, auteur du Satyricon, porté à l'écran par Fellini, est fourbe mais brille par son esprit. Même Néron, plus célèbre pour ses frasques et ses débauches, nous est décrit comme un vrai poête.

Et puis, il y a Ursus ; doué d'une force colossale, c'est un vrai super héros qui débarque en pleine tragédie. Son coup d'éclat, dans le livre puis dans chacune de ses adaptations, qui définie en quelque sorte le personnage, est son duel face à un aurochs (boeuf sauvage), auquel Néron a fait attaché Lygie sur ses cornes.(voir illustration)

D'ailleurs, le roman condense les différentes orientations du péplum cinématographique. L'histoire en elle-même se rattache au péplum se déroulant dans l'Empire romain, période christianisme. On a droit également à des combats de gladiateurs dont le réalisme du détail ne dispute qu'à la sauvagerie des affrontements. La présence d'Ursus annonce les supers costauds de l'antiquité. L'incendie de Rome quant à elle renvoie aux déchaînements apocalyptiques des films catastrophes.

Ce passage justement est d'une efficacité sidérante. Vinicius se rend comme un fou à Rome, pour sauver sa promise. Rencontrant tout d'abord quelques passants apeurés colportant des nouvelle alarmistes, il voit l'horizon se teintait de rouge comme au lever du soleil. Il traverse d'abord la fumée du sinistre puis finit par tomber sur un panorama de la ville en flamme. C'est alors que l'auteur nous y fait pénétrer à la suite de son héros. Epique, grandiose, il s'agit là des pages que je compte parmi mes préférées...

 

Les Films

Le livre de Sienkiewicz fut adapté à 5 reprises pour le cinéma par :

- Calmettes en 1910

- Guazzoni en 1912

- Jacoby-D'Annunzio en 1924

- Le Roy en 1951

 

La dernière adaptation en date est toute fraîche, puisqu'elle date de cette bonne vieille année 2001. Elle nous vient de Pologne, et son papa n'est autre que Jerzy Kawalerowicz, déjà responsable d'un très beau péplum pharaonique : Pharaon.

Budgeté à 12 millions de dollars, le tournage a commencé en mai 2000 et s'est réparti entre la Tunisie, la France et la Pologne. Il a été présenté au Marché du film de Cannes 2001 et quelques images ont été montré au cours d'un reportage sur Canal Plus. D'après ce que j'ai pu en voir, le film montre des scènes de massacres d'innocents chrétiens hyper réalistes (au dire du réalisateur les attaques des fauves étaient filmées sans trucages), ainsi que des scènes d'orgies explicites. Le tout évoque dans la forme le péplum de Ridley Scott, Gladiator.

 


 

La suite des aventures d'Ursus

 

En pleine vague du péplum, les producteurs ressussitent le personnage d'Ursus pour huit films entre 1961 et 1964.

Le premier d'entre eux s'appelle tout simplement Ursus, rebaptisé par chez nous La fureur d'Hercule, carrément... Il semblerait que si le public italien était avide de nouveauté, les distributeurs français préféraient miser sur une valeur sûre pour sortir le film.

 

Ursus et la Reine des Tartares

Ursus e la Ragazza Tartara

(1962)

 

Opinion

Ursus déboule ici en plein film de Barbares et pour le coup il en perd ses priorités de personnage principale, puisque l'histoire se focalise sur le prince Stéphane. Ettore Manni (Hercule a la Conquête de l'Atlantide, Les Légions de Cleopâtre, La Vallée des Pharaons) n'a aucun mal à attirer l'attention sur lui, face à l'interprétation un peu pallote de Joe Robinson (Taur, il Re de la Forza Brutale).

Remigio del Grosso signe ici son unique réalisation. Il occupait surtout le poste de scénariste dans plusieurs films de genre (western, film d'espionnage...) et a donné dans le péplum à l'occasion notemment du Lion de Thèbes et Hercule contre Molock.

Le casting est 4 étoiles avec en plus des acteurs déjà cités Akim Tamiroff (Une Reine pour César, La Légion du Sahara) et la mignonne Yoko Tani (Le géant à la Cour du Grand Kahn). Du beau monde en somme.

Il rate pourtant la scène de bataille finale entre l'armée polonaise et les Tartares. Après la classique cavalcade en champ/contre-champ, des deux hordes l'une vers l'autre, un plan large nous montre leur collision en fin de course. Le seul problème c'est que le plan est trop large. On voit un atroupement au centre avec sur les côtés des figurants esseulés qui galopent autour un peu perdu, plus spectateurs qu'acteurs. Le réalisateur a au moins le mérite (et le bon goût) de ne pas sacrifier aux stock shots.

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